LE COMMUNAUTAIRE EST À BOUTTE !
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Le communautaire est « à boutte ». À bout de porter les conséquences de crises sociales multiples. À bout de pallier les conséquences de choix politiques qui ont fragilisé notre filet social. À bout, aussi, de devoir réfuter des préjugés tenaces — notamment cette idée, récemment entendue, voulant qu’il soit un « gouffre financier », une affirmation révélatrice d’un profond décalage avec la réalité du terrain.
Plus de 60 organismes, sur le territoire maskoutain, répondent chaque jour à des besoins essentiels dans un contexte marqué par la crise du logement, l’explosion de l’itinérance, la détresse en santé mentale, l’aggravation des inégalités sociales et la pression croissante des réseaux publics sur le milieu communautaire.
Ces crises ne sont pas apparues spontanément. Elles résultent de choix politiques et d’inactions prolongées. Le milieu communautaire a pourtant sonné l’alarme à maintes reprises depuis la fin des années 2000, avertissant la classe politique des conséquences prévisibles. Leurs effets sont aujourd’hui absorbés, en grande partie, par les organismes communautaires.
Les organismes communautaires figurent parmi les milieux les plus surveillés en matière de gestion de fonds publics. Ils produisent des redditions de comptes détaillées, respectent des exigences administratives strictes et demeurent directement redevables envers la population qu’ils servent. Je ne remets pas en question cette imputabilité — il s’agit d’argent public — mais la multiplication des mécanismes complexifie inutilement leur gestion.
Difficile, dans ce contexte, de soutenir qu’il s’agirait d’un « gouffre financier ». Alors, ayons l’honnêteté intellectuelle de nommer les véritables gouffres financiers.
La transformation numérique de la SAAQ, documentée dans le rapport Gallant, a mobilisé des sommes colossales. Les investissements massifs consentis dans la filière batterie, notamment dans des projets à haut risque comme Northvolt, représentent des engagements de plus d’un milliard de dollars. À cela s’ajoutent des millions versés pour des initiatives dont la pertinence sociale est largement débattue.
À eux seuls, ces dossiers dépassent largement ce qu’il en coûterait pour financer adéquatement et durablement le milieu communautaire. Ces milliards sont analysés après coup. Les organismes communautaires, eux, rendent des comptes avec rigueur chaque année pour continuer à prendre soin du monde avec humanité et défendre leurs droits face aux inégalités.
Le Québec s’est défini comme une société attachée à l’égalité des chances et à la solidarité. Ce choix s’est incarné dans la Politique gouvernementale de reconnaissance et de soutien de l’action communautaire autonome, adoptée en 2001.
Cette politique reconnaît l’action communautaire autonome comme essentielle et complémentaire au réseau public. Complémentaire ne signifie pas secondaire, et essentiel ne signifie pas accessoire. Pourtant, un écart manifeste subsiste entre cette reconnaissance et les moyens réellement accordés.
Oui, un réinvestissement a été annoncé en 2022. Il a constitué un rattrapage important. Mais il n’a pas corrigé le sous-financement chronique ni permis d’assurer un financement à la hauteur des responsabilités assumées par le milieu et des crises auxquelles le Québec est confronté.
Les organismes communautaires ne demandent pas de privilèges, mais les moyens d’accomplir pleinement leur mission : répondre aux besoins, maintenir une expertise développée depuis plus de 50 ans et offrir des services stables et durables. Ce travail est professionnel. Il est structuré. Il est essentiel. Il contribue directement à la cohésion sociale et à la prévention des crises.
L’automne prochain, les partis auront l’occasion de démontrer concrètement leur engagement envers le modèle social québécois. Si le filet social s’effrite davantage, le coût collectif sera infiniment plus grand.
Cette facture ne pourra pas être imputée à celles et ceux qui tiennent la société à bout de bras. Elle découlera d’un manque de vision et de volonté politique d’investir là où les besoins sont réels.
Simon Proulx
Directeur général

